Objectif climatique européen 2040 et COP 30 : une proposition de la France menace l’Accord de Paris
Paris, le 5 septembre 2025 – Au moment des négociations européennes sur les objectifs climatiques de l’Union européenne pour la période après 2030, le Haut conseil pour le climat rappelle, comme explicité dans son rapport annuel 2025, l’importance d’un engagement ambitieux de l’Europe pour 2040. Il informe des risques que fait peser la position de la France sur l’adoption par l’UE d’un engagement à la mesure du défi climatique.
Dix ans après l’adoption de l’Accord de Paris, l’Union européenne se trouve à un moment clé : le choix de son objectif climatique à l’horizon 2040. Cette décision est essentielle pour garantir une trajectoire crédible vers la neutralité climatique d’ici 2050 et maintenir l’ambition mondiale face au changement climatique. L’avis de la Cour Internationale de Justice rendu le 23 juillet dernier souligne que les traités sur le changement climatique imposent aux États parties des obligations contraignantes pour assurer la protection du système climatique.
La Commission européenne propose une réduction de 90 % des émissions nettes de gaz à effet de serre d’ici 2040 par rapport à 1990, conformément aux recommandations scientifiques qui montrent qu’il s’agit de la baisse minimum permettant d’atteindre la neutralité carbone en 2050. Suite aux demandes des Etats membres, la Commission européenne a introduit des flexibilités qui rendent cet objectif 2040, prévu par la loi climat européenne de 2021, atteignable.
Avant la fin septembre, en vue de la COP30, l’UE doit déduire de l’objectif 2040 un jalon ambitieux pour 2035 permettant de respecter ses obligations pour l’Accord de Paris. Une décision à la majorité qualifiée des ministres de l’Environnement est prévue sous présidence danoise de l’UE le 18 septembre 2025. Reporter ce débat au niveau des chefs d’Etat et de gouvernement (Conseil européen) fin octobre, comme l’a proposé la France le 2 septembre dernier, comporterait des risques majeurs :
- acter un jalon 2035 insuffisant (probablement -66% comme proposé sous présidence polonaise de l’UE) alors qu’un objectif de -72,5% est nécessaire pour atteindre l’objectif de -90% en 2040, et la neutralité carbone en 2050 ;
- entraîner une perte de crédibilité internationale de l’UE, alors que la COP30 de Belém, qui est celle du relèvement de l’ambition climatique, approche ;
- prendre le risque d’un blocage institutionnel, et donc l’absence de décision et de fixation d’objectifs, les décisions du Conseil européen étant prises à l’unanimité.
Un tel retard priverait l’UE de la clarté et de la prévisibilité nécessaires pour les citoyens, les investisseurs et les partenaires internationaux.
Face aux feux de forêts, vagues de chaleur et inondations qui frappent l’Europe, l’urgence climatique n’est plus théorique. Retarder l’adoption d’objectifs ambitieux reviendrait à fragiliser la sécurité, l’économie et la santé de millions d’Européens.
La France, qui a porté l’Accord de Paris en 2015, a une responsabilité particulière : défendre une décision ambitieuse afin de préserver l’héritage de Paris et d’assurer à l’UE un rôle de leader dans la diplomatie climatique mondiale.
Un engagement rapide et ambitieux de l’Europe pour 2040 est indispensable pour inspirer la communauté internationale et maintenir vivants les objectifs de l’Accord de Paris.
Extrait du Chapitre 5 du rapport annuel 2025 – Diplomatie climatique et action internationale